Très chers leechers
Article non publié, proposé au défunt magazine Transfert. Résultat d'une enquête auprès des "pirates" avant l'avènement du Pire to Pire qui permet le téléchargement de très gros fichiers "passivement". Avant, il fallait en passer par des sites web spécialisés... L’enfer de la bibliothèque mondiale Un jour, c’est sûr, vous y viendrez… Débutant en informatique, vous découvrez l’Internet et ses sites par milliards. Un article dans la presse spécialisée vous laisse entendre qu’on peut y surfer sur le cul ! Et vous voilà en train d’acheter des accès à des sites pornographiques payants. Et vous ruiner pour moins bien que la télé sur le câble ou les revues « spécialisées ». Bien plus attrayants, les sites «pirates» avec foultitude de n° de série de logiciels piratés et, le graal, les sites «Warez» ce qui signifie possibilité de télécharger les derniers logiciels commerciaux pour… rien. Enfin, pour le prix de la connection téléphonique, le temps passé, et des amendes et peines de prison démesurées ! Mais j’anticipe…
Par une belle nuit de printemps, vous branchez la connection et le cri du modem résonne dans la nuit cybernétique (vous aurez passé déjà 3 semaines et autant de nuit à configurer votre modem, votre browser, votre messagerie, et votre épouse). Mac ou PC ? Sur Mac, tout est plus simple, mais passez votre chemin : il n’y a pas de warez ou si peu…
La quête du Graal Première étape du leecher rusé : le détour par les newsgroups. En tapant warez, vous découvrez des centaines de sites. En général du genre alt.binaries.warez.games.etc… Renoncez pour l’instant à télécharger les segment proposés. Par cette méthode de courrier, il vous faudrait charger une centaine de tronçons de 5 Mo, quand il n’en manque pas un, que la connection est bonne, quand le fichier n’a pas été écrasé par l’hébergeur, etc. Par contre, vous allez découvrir beaucoup d’adresses (URL) récentes et votre fichier de favoris (ou signets) grossit.
Bits ou sexe ? A la première visite sur un de ces sites, bingo ! Des centaines d’applications avec n° de série, et des liens… Usinagaz.8.07. beta en version complète ! Vous cliquez furieusement sur le lien de ce modeleur 3D dont tout le monde parle sans l’avoir essayé, mais il vous le faut, c’est sûr. Vous commencez à souffrir de la maladie du «leech», très addictive… C’est assez proche de la furie des collectionneurs… Mais oubliez usinagaz : le lien cliqué donne sur une autre fenêtre, puis une autre, puis des dizaines qui s’ouvrent sans que vous ayez rien demandé. Et le disque dur clignote, grogne, c’est sûr quelqu’un est en train de lire, d’écrire, de démonter quelque-chose… Et toujours l’enfer du «pop up» qui vous proposent de cliquer, de vous inscrire… à de fabuleux sites de fesses. Retour à vos débuts… De Warez, point et il est permis de douter de leur existence.
Fermez les fenêtres… Ce n’est qu’au bout de centaines d’heures de connection et de navigation, les yeux injectés de sang, que vous allez pouvoir opérer une sélection (limitée dans le temps car ces sites sont déménagés régulièrement) en éliminant les sites pour gogos et ceux dangereux pour vous et votre ordinateur. En effet, les créateurs de ces sites (moyenne d’âge 15 ans) sont des petits malins. Passés maîtres dans la programmation de sites web, ils truffent leurs pages de code javascript qui exécute des actions sans que vous puissiez rien contrôler. Le but est de faire ouvrir automatiquement un maximum de fenêtres chez des sites « amis », eux mêmes pratiquant la même chose, avec force bannières de pub, animations flash ou de moins bon goût, jusqu’à saturer la mémoire du PC, qui crashe. J’ai eu ainsi 32 fenêtres à fermer, en quelques secondes. Car déposer des logiciels commerciaux en libre téléchargement sur un site est illégal (1MF amende et prison) et le jeu consiste à ne proposer que des liens vers d’autres pages qui possèdent la vraie application (des inconscients ?). Alors, inutile de dire que la validité des liens n’est que de 1% et les logiciels promis, souvent des fantômes… Par contre, chaque visite enrichit le créateur du (des) sites grâce à des rétrocessions de bannières de pub. Vous sentez confusément que vous êtes peut-être le dindon d’une farce dont ne vous ne connaissez pas la recette…
Trouvez ce que vous ne cherchez pas ! Mais ça y est, vous avez sélectionné 3 sites prometteurs, plein à craquer de «vrais» logiciels… N’attendez pas trop : les webmasters-hébergeurs font souvent le ménage sur leurs disques et effacent les données illégales… Vous ne dormez déjà plus depuis des mois, avez oublié votre famille, mangez «à la hacker», mais voilà une belle nuit de week-end qui s’annonce : tranquillité, connection rapide… Go ! Vous vouliez usinagaz, mais vous chargerez des logiciels d’adaube. C’est la dure loi du leecher : il récupère toujours ce qu’il n’était pas venu chercher. Bigre, 498 Mo le bestiau. Découpé en 20 tronçons et pas toujours sur le même serveur. Au diable mes varices, je clique ! On me propose de voter d’abord, pour autoriser le téléchargement. Quand ce n’est pas 3 ou 4 fois. Sinon, les fichiers seront corrompus vous annonce-t-on. Superstition, réalité ? Toujours est-il qu’on se met à voter, compulsivement, enrichissant le pirate à distance… Des dizaines de fenêtres s’ouvrent et il faut l’œil alerte et l’index crispé sur la souris pour tout fermer, et vite ! La boîte de dialogue de téléchargement de Internet Explorer s’ouvre alors, et vous enregistrez. Taux de transfert 4.6 Ko/s, idéal ; et le thermomètre bleu commence à monter pendant que les précieux octets s’impriment en lettres de feu sur votre disque. Vous vous surprenez à loucher sur cet indicateur… sans rien faire d’autre. Un mirage… Après quelques heures (8% téléchargés) vous n’y tenez plus et recommencer à surfer « pendant que çà charge ». Tiens le taux de transfert s’est effondré (0.3 Ko/s)… Et soudain (en général à 97% du fichier) le PC gèle ou crashe et il faut redémarrer. Calamitas : le fichier est perdu. Après une dizaine de séances de cet ordre, vous haïrez MSIE5. Vous découvrez alors l’existence de logiciels de téléchargement plus évolués, capable de créer une file d’attente et de reprendre un téléchargement interrompu. Victoire ! Ca marche ! (comptez 20 bonnes heures pour comprendre les fonctions de ces logiciels et les configurer). La procédure est en général la suivante : En cliquant sur un lien de téléchargement en .zip (c’est à dire que le fichier à été compressé), le logiciel vous rendra un message comme quoi le téléchargement ne peut s’opérer car le lien donne sur une page html et qu’il faut renvoyer cette page au navigateur. Dont acte. Et vous découvrez enfin le fichier, et ses compagnons (70 pour 500 Mo) sur un serveur d’espace gratuit (qui ignore la présence des fichiers) du genre Freedisk, Geocities, Multimania, Homestead, etc.En cliquant sur le lien, soit le chargement s’opère (et vous pouvez l’interrompre et le reprendre à tout moment, enfin, en principe…) soit votre client FTP décrète qu’il rencontre une « erreur 403 ». Mais il ne faut pas se laisser berner et enregistrer quand même le fichier… Mais il y a des cas ou le serveur procède lui même au téléchargement sécurisé et refuse tout logiciel étranger. Et on retombe dans les problèmes vus plus haut.
Des cons sous pression Bon, après 60h de téléphone de nuit, vous retrouvez sur votre disque les multiples tronçons qui doivent faire une application. D’abord, il faut tous les décompresser (attention, la taille double, pour le moins). Des logiciels comme WinZip ou Stuffit Expander sont là pour çà. Mais ça ne marche pas : on vous demande le code pour décompresser ! Un code, quel code ? Retour sur la page Web : en tout petit, il est écrit que le code se trouve sur la 23ème page «pop-up» dans la case en bas à droite du troisième tableau, après «enregistrer» et «s’inscrire» du serveur «sponsor» foufounet… Et là, entre les cuisses de Pamela Anderson ou Britney Spears en tenues dépouillées, le code ! Mais il arrive souvent que le site ait disparu entre temps… Vous lancez le "dézipage" et enfin, les thermomètres bleus s’affolent, tandis que le disque cliquette de bonheur. Ah, l’archive n° 23 ne peut se décompresser étant corrompue. Retour au téléchargement… Bon, çà y est, tout se trouve dans un dossier : vous l’avez votre logiciel !
Rar et cher… Presque ! Car à la place d’une application, vous découvrez des fichiers impossibles à ouvrir. Après moult recherches, vous apprenez qu’ils sont codés en .rar, en .ace, et d’autres… Mais pourquoi une telle complexité ? Récupérez les logiciels nécessaires (40h de formation nécessaires) et lancez. «Impossible de décomprimer l’archive, fichier corrompu». Retour à la case départ…
Ecran bleu Quand tout se passe bien, après une bonne moulinée de données, un fichier « setup » apparaît. Et vous installez l’écran bleu de vos nuits blanches. Pendant la procédure d’installation, on vous demande soudain, à brûle pourpoint, votre numéro d’enregistrement présent sur le CD Rom acheté ! Ah les malins… Heureusement, vous vous êtes pourvus de listes de n° de série et l’un d’entre eux marche… L’installation s’opère, vous redémarrez, lancez le logiciel et les larmes aux yeux, vous voyez apparaître l’écran d’accueil de l’application chérie.
Pétez les plombs Crac ! «Version de démo limitée à 30 jours». C’est alors qu’interviennent les logiciels générateurs de clé (le plus souvent sous DOS, bon courage) et l’opération dite du «déplombage». Et ça marche ! Quelquefois…
Readme ! Le logiciel est somptueux, mais bigre, d’un abord compliqué. Et quelle interface absconse. Il faut une doc. Au prix de quelques heures de recherches, vous la dénicherez sur Internet. Mais c’est insuffisant et vous allez acheter des livres. Beaucoup de livres. Ah, cette doc d’origine, présente dans le coffret que vous n’avez jamais vu… Mais après tout, on est pirate ou pas. Très vite, vous découvrez qu’il manque un tas d’accessoires, de bibliothèques d’objets, de plug-ins, et vous repartez à la pêche aux bits… Où chez votre fournisseur habituel, au prix fort !
Je leeche… Tu leeches… Vous leechez ? Mais enfin, çà y est ! Vous avez toutes les dernières applications dans votre disque dur obèse. Dommage, plus le temps d’apprendre à s’en servir. La note de téléphone est arrivée aussi… D’ailleurs, les nouvelles versions viennent de sortir : courage, il faut tout recommencer ! Mais voilà qu'on sonne à la porte. La police ! Déjà ?
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1. c'est quoi cette daube Ecrit par Visiteur, le 06-10-2007 00:54 t'es en retard ca se passe plus du tout comme ca maintenant ^^ |
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