Bien sûr, l'eau de la Baie de Cassis était plus froide qu'ailleurs, mais il fallait quand méme avoir la curiosité de plonger là ; au pied des Calanques ; à l'aide du premier scaphandre autonome. Singulière aventure pour ce braconnier parti traquer la langouste : il fut soudain balloté dans des courants glacés, l'eau se troublant comme si on y avait versé du sirop de sucre. En fait, on le sait maintenant, c'était la fusion de l'eau de mer et de l'eau douce sous pression. Mais notre homme, encore peu habitué sux aventures sous-marines, n'en sait rien, lui. Il croit à un malaise ; voulant s'agripper à la falaise, il ne trouve que du noir : la paroi sous-marine est mangée par le porche d'une énorme caverne, qui vomit plusieurs milliers de litres par seconde d'esu douce et glacée. Un fantastique robinet que la nature laisse toujours ouvert. La source est baptisée résurgence de Port Miou, et va rapidement faire parler d'elle, car dans cette région aride, la découverte d'eau potable, fût-elle sous la mer, est un événement. Les explorations commencent vers 1980. Tout de suite, l'importance du conduit est révélée. Il s'agit d'un véritable fleuve sous pression s'enfonçant profondément sous la côte vers on ne sait quelle origine. Au cours de prés de 10 ans d'explorations, une personnalité ressort : Jean-Louis Vernette qui par son opiniàtreté va atteindre la distance record pour l'époque de 870 mètres. A 530 mètres de l'entrée, il découvre une salle émergée qui va changer tout l'avenir de Port-Miou. La société des Eaux de Marseille décide de creuser un tunnel depuis le plateau afin de rejoindre cette poche d'air, et d'y installer une station de captage. Il s'agit d'une grande première, car il faut conatruire un barrage afin de séparer l'eau de mer de l'eau douce en fonction du débit variable selon les saisons. Profitant de l'aubaine, les apéléonautes vont, à partir de ce nouvel accès, remonter plus avant la rivière. A 835 métres de la cloche d'air, la profondeur est de moins 35 dans un tunnel de 30 mètres de large pour 20 mètres de haut. Un phénoméne unique dont les promesses sont grandes. La déception l'est aussi : on vient d'interdire l'accès de l'entrée artificielle,le bar- rage fuit ! Cette fois encore, la technologie des hommes n'aura pas raison de la facétie des cavernes. Si le barrage est étanche, la cavité ne Pest pas, et on ne sait pas si la retenue se vide par des milliers de fissures ou par un axe diffluent situé très loin en amont, sous le plateau... Juste à la sortie du Port de Cassis par contre, ça coule dur. Dommage que les pompes soient si loin ! La fuite ressort là, dans cette source sous-marine du Bestouan, dont le débit vient de passer à 1000 litres par seconde. A près de 10 kilomètres de distance, il semble que les deux sources fassent partie d'un méme et gigantesque aqueduc naturel. Frustrés du gigantisme de Port-Miou, les exploiteurs aux pieds palmés font un report d'affection sur ce Bestouan, délaissé jusqu'alors en raison de ses galeries plus modestes. Le courant y est devenu violent, et on ne peut guère parcourir plus de 10 mètres par minute dans la veine liquide. Problème suffisant pour exciter la nouvelle génération des apéléonautes. Il s'agit en effet de se tracter sur les aspérités du fond, mimant, sous l'eau et dans l'obscurité, une escalade extréme...à l'horizontale ! Nombreuses furent les tentatives. Une des dernières, par le Marseillais Touloumdjian, permit de remonter le siphon sur 1340 mètres de longueur. De belles querelles d'éthique en perspective, car sa plongée fut présentée effrontément comme un nouveau a record du monde de distance ». Pas de chance, le Bestouan n'est que le septième plus long siphon français, sans parler de ceux de Floride ou d'Australie. Sacré Touloum, un record bien marseillais ! Un résultat qui ne devait tenir que trois semaines, puisqu'un plongeur du C.A.F. de Paris a depuis atteint la distance de 1440 mètres, au cours d'une plongée solitaire de cinq heures. Solitaire, pas tout à fait puisque des anguilles décolorées, qui n'en sont plus à un record prës, l'accompagnèrent sur un kilornètre. Une bonne nouvelle : le tunnel de PortMiou est de nouveau ouvert. C'est la ruée. Les Suisses couchés sur leurs engins sous-marins, auraient déjà pulvérisé, dit-on, la barre du kilomètre...
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