Il est un sujet favorï de discorde entre spéléologues qui tient en quatre syllabes : celles de topographie. Le courrier que je reçois en atteste qui, parmi les verbes hauts, dessine une communauté spéléologique coupée en deux. Qui eût cru qu'une simple boussole puisse être un jour à l'origine de telles passions ? Bier sûr, nul ne contestera l'utilité d'une belle topographie. Outre le plaisir visuel, voire colonial, de cette représentation, ells permet de repérer les prospections futures, de connaïtre les orientations exactes de la cavité : en deux mots, de savoir où l'on va. Largement utilisées par les spéologues pour de simples visites ou des recherches plus poussées, elles sort consultées aussi, il est vrai, par des organismes publics ou privés qui réalisent gràce à ce travail bénévole de substantielles économies. Là est un autre sujet de querelle : la topographie réalisée doit-elle être diffusée ou pas ? Non, le litige qui nous intéresse pour cette fois est moins mercantile : d'aucuns - espèce la plus répandue - font les topos après les explorations, et d'autres pendant. Et bien sûr, il y a ceux qui n'en font pas du tout. C'est ainsi qu'au Hdlloch, caverne géante et suisse, le professeur Boegli choisit la deuxième solution freinant de jeunes inconscients qui, l'écume aux lèvres, et ivres de premières, seraient capables de démystifier 4 km de caverne d'un seul coup. Les cuistres ! Au lieu de cela, l'expédition explore au pas funéraire des arpenteurs. Car il ne s'agit pas de manquer le moindre appendice... question de tempérament. Cette école est brillamment représentée aux Etats-Unis par l'équipe de Watson, puisque c'est ainsi qu'ils ont rogné les 368 km de la Mamoth Cave du Kentucky. Quoi qu'il en soit, celà n'empèche pas une poignée d'Américains de s'ébattre en liberté dans des cavernes ayant encore des sinuosités virginales. Des yankees tapageurs qui, par dérision, baptisent les précédents « surplorers », contraction de Survey-Explorateurs. De la même façon en France, on peut les appeler Topoplorateurs, car nous avons les nôtres et non des moindres. Il en existe à Paris un exemplaire particulièrement typé en la personne de Claude Chabert. Passionné d'inventaires, mondialement connu pour la précision maniaque de ses toponymies (nom que l'on doit attribuer à une cavité ), il aime plonger son nez robuste dans la fange des chantoirs icaunais et des puits moussus des bords de Loire. Il n'est pas un seul terrier qui, dans ces contrées déshéritées, ne soit passé sous sa toile. Exploration ingrate où l'avance est subordonnée au bon vouloir du clisimètre. Révélateurs en effet, les terminus de ce topoplorateur qui sont laconiquement rédigés dans la littérature : arrêts sur boussole sale... D'aucuns ajoutent, car il y a toujours des mauvaises langues, que ces souillures instrumentales arrivent toujours à point pour cautionner une crise de rhumatisme, ou un souffle un peu court... Il y a les hérétiques, ceux qui ne topographient pas ce qu'ils découvrent, considérant à tort ou à raison, qu'il s'agit là d'un travail qui n'a plus rien à voir avec leur loisir favori. Parmi eux, la ma,jorité des plongeurs en siphon européens, qui ont, il est vrai, des circonstances atténuantes : grâce au fil d'Ariane métré qu'ils déroulent dans les galeries et à leurs profondimètres, ils peuvent dresser des croquis de mémoire dont ils se contentent. Pour avoir mieux, il faudrait s'astreindre, à cause de l'autonomie réduite en immersion, à de nombreuses plongées pénibles et ingrates parceque répétitives et non récompensées de découvertes. Une exception cependant en suisse où une équipe unanimement reconnue pour ses qualités en exploration n'hésite pas à consacrer quelques vingt plongées pour dresser le plan de siphons de plus d'un kilomètre. Il y a enfin une quatrième race, qui mériterait à elle seule un article puisqu'elle se trouve ici presque hors sujet : ceux qui ne topographient rien mais ne publient guère plus, gardant pour eux le résultat de leurs trouvailles. Sur la Cannebière, il existe un échantillon connu de ces cachottiers, véritables harpagons de l'exploration souterraine. Se sentant eux-mêmes vieillir, veulent-ils freiner le sens de l'histoire en supprimant la concurrence faute d'informations ? C'est compter sans le tam-tam des cavernes qui pulvérise tous les murs de silence. C'est aussi donner bonne conscience pas ces attitudes obscurantistes à de mauvais plaisants qui font de ces chasses gardées leur terrain d'élection... Gageons qua chaque parti est capable, à la moindre chatouille de dégainer des argunents tout chauds, pour défendre sa vérité. Aussi vaut-il mieux, à ce stade du débat, s'en référer aux Ecritures : on peut lire ainsi, dans les dix commandements de l'explorateur d'abimes (12 F les tablettes P.V.C., au Vieux Flambeur, Mont S'y Caille, première à gauche) - Tu exploreras où bon te sembleras. Topographie, tu en feras ou pas. Na ! Et puis, tout en bas, on déchiffre : - De tes découvertes, aussitôt tu parleras, et dans les livres idoines, sur l'heure tu publieras.
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