06-01-2009
 
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Dans les sources sacrées de Maoris Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

J’ai plongé dans l’eau la plus claire du monde !

Même en rêve...
A perte de vue, des massifs vert tendre de cresson d’eau festonnent la source. Prairies englouties inondées de soleil, algues et plantes fleuries mêlées : toute une architecture chlorophyllienne peignée par le courant puissant qui sourd des entrailles de la terre, carambolant au passage les plongeurs égarés dans ce  jardin aquatique sorti de l’imagination d’un  Lewis Caroll..

Je sors la tête de l’eau et ma vue se brouille : après une heure de vol plané dans le cristal de roche, dans la clarté absolue de ce diamant bleu, l’atmosphère même paraît moins transparente  que l’eau !Nous sommes en Nouvelle-Zélande, à WaïkoroPupu Springs, la source la plus claire du monde. Un record... Même si les anglo-saxons nous ont habitués à des records mondiaux... anglais ! De fait, en Février dernier, deux scientifiques de l’Institut National des Eaux et de l’Atmosphère ont mesuré précisément la transparence de l’eau. Leur conclusion : plus de 70m de visibilité horizontale, ce qui est proche du maximum de l’eau optiquement pure. Une pureté qui s’explique par l’absence de pollution dans cette île du sud très peu peuplée, et à la présence probable dans le cours souterrain ignoré, de bouchons de sable formant des filtres naturels. WaïkoroPupu Springs (littéralement “eaux bouillonnantes” en langue Maori) constitue le débouché principal d’un important réseau né des pertes de la rivière Takaka et des pluies enfouies dans les marbres des monts Arthur, à plus de 15 km de là. C’est la plus puissante source d’Australasie avec un débit moyen de 21 m3/s. Datée au Tritium (un  isotope naturel de l’hydrogène, contenu dans la molécule de vie)  l’eau a révélé son âge : 8 ans ; ce qui suppose un schéma hydrologique complexe. On évalue à 3,8 km3 le volume d’eau cachée sous ces montagnes. L’eau, insensiblement salée à O,5%, se souvient de l’océan tout proche : des mariages secrets doivent se produire au plus profond du calcaire. Enfin, dernier sortilège : on observe à la surface de la source des marées de 4mm ; des marées terrestres ! En effet, quand le Soleil et la Lune sont alignés, la force gravitationnelle est suffisante pour déformer légèrement la croûte terrestre. Le phénomène est sensible et observable sur les grandes masses d’eau, comme celle du réservoir souterrain de Pupu Springs.

LA MALEDICTION DE TANIWHA

- “Taniwha... Oh oui, je me souviens... Il a attaqué beaucoup d’hommes de la tribu, qui ne sont jamais revenus. Ce n’est pas une légende ! Je l’ai vu étant petit. Un énorme lézard gris... Ses yeux flamboyaient. Je me suis caché et je l’ai vu replonger dans la source...”.
Ainsi parle Ngati Manawa, un vieux sage Maori de plus de 80 ans. Un lézard mangeur d’homme vivrait donc dans ces eaux sacrées de Nouvelle-Zélande ?
Nous reprenons donc le chemin de la source, utilisant les anciennes tranchées des chercheurs d’or, courbés sous un ciel de fougères arborescentes pleurant goutte à goutte le chant des oiseaux. Rapidement équipés, nous entrons en clarté...
Le cresson, introduit en1850 par les colons, a trouvé dans ces eaux un écosystème à sa mesure ; ne poussant habituellement jamais en-dessous d’un mètre de profondeur, il colonise ici la source à plus de 6m. Une prolifération extraordinaire de vie végétale qui est due à la transparence de l’eau, permettant une photosynthèse record, à la température constante de 11,7° C, et à la haute teneur en calcium.
Une longue anguille d’ocre vient de sortir des haies serrées d’osiers rubis ; en chasse... Soudain, un combat s’engage entre la belle ondulante et un crustacé en casaque verte, tout de pinces et d’épines. Courte lutte au fond d’une grotte filamenteuse, à la mesure des combattants, et l’anguille repart victorieuse, mâchonnant son écrevisse à la nage... A y regarder de plus près, chaque anfractuosité est habitée : des centaines de Koura aux yeux phosphorescents : les écrevisses natives de Nouvelle- Zélande.
Soudain, une force invisible nous projette vers le ciel : le souffle de Taniwha, enfin ? Non, c’est un violent courant issu d’une fente de roche ; irruption soudaine du chaos dans le monde ordonné de la transparence. Au prix de bien des  efforts, nous parvenons à nous cramponner sur la lèvre du gouffre. La force nous enveloppe et fait vibrer les tuyaux des détendeurs. Le sable et les graviers décollent ; puis c’est au tour des galets et des petits rochers de s’envoler en fontaine, contournant miraculeusement nos corps, par effet venturi. Le plus longtemps possible, nous restons rivés dans le bleu profond du méat, sous la neige de roche, à écouter le feulement profond du chant de la terre. Le domaine de Taniwha nous restera à jamais interdit...
L’existence dans les eaux de Nouvelle-Zélande d’un grand saurien, à l’origine du mythe,  serait-elle impossible à priori ? Les scientifiques consultés opposent le veto des fossiles : aucun reste d’animal aquatique géant n’a jamais été retrouvé, pour accréditer la thèse de l’existence de Taniwha. Qu’importe... Comme en Afrique, en Irlande, en Pologne, et jusque dans nos campagnes françaises, on retrouve ici ce mythe puissant du serpent basilic, lézard mangeur d’homme, au regard foudroyant. Fascinant raccourci par-delà les océans, les mythes et les siècles...

UN TORRENT DE JADE

Blue Pools était là, tranquillement inscrite sur la carte, quand nous décidâmes d’aller la troubler. Une forêt à champignons, ponctuée d’oiseaux moqueurs, et le torrent était là ; bleu ; libre... La source est sur l’autre rive. Alourdi de bouteilles de plongée, le pont de singe, en filins d’acier tremble à mon passage. 20 m plus bas la rivière furieuse roule des galets immémoriaux. Bleu qui attire... Nous entrons dans l’eau glaciale. Jamais  bleu ne s’était aussi bien marié avec l’or et le jade. Car, à travers la transparence, on devine un lit de roche exceptionnel : un gisement de jade précieux, contenant en son ventre des filons d’or... Habitués  des échantillons de galeries minéralogiques, nous sommes ici confrontés à la grandeur nature : le jade est partout, issu de convulsions terrestres ; bien indifférent à une quelconque cupidité humaine. Nous luttons contre le courant vers un amont indigo, presque gênés de notre  connaissance marchande.
Soudain surgit Tané, le bois-dieu. Un tronc acajou, coincé là dans un portique de jade, par le caprice des crues. A moins d’une alliance secrète entre les Dieux de la nature ? Tané qui nous barre le chemin. De fait, le courant trop fort nous oppose sa poigne invisible, et c’est Tané qui nous dit : “Passez votre chemin ;  au-delà d’ici, votre vie est en danger...”.
J’écoute encore un instant le souffle de la rivière sur mon corps, avant de me laisser reconduire chez moi, dans l’emprise des doigts bleus...

PLONGEE DANS L’ACIDE

Bien plus au Nord, et bien plus tard... Rotorua. L’air empeste le soufre. La terre fuit de partout, en geysers, sources chaudes, sublimations sublimes d’éléments cachés ; révélations d’un tableau périodique, le temps d’une Ere, du ventre de Gaïa. Penché sur la marmite bouillante d’une source bleue, vers un “au-delà” de saphir clair, des désirs se forment... Mais le plongeur humain n’aura pas accès à ces secrets là ; par la pensée, peut-être... Pensée des anciens, des colons polynésiens d’une terre nouvelle.
Le lac Taupo, à 100 Km au sud de Rotorua, est aussi un lac volcanique ayant fait explosion en 200 avant J.C.  Mais tellement plus poétique est l’imagerie Maori qui explique ainsi sa formation : le navigateur du canoë Arawa, le premier à accoster en Nouvelle-Zélande, arracha un arbre et l’eau jaillit du sol. Traversant ensuite le lac nouveau-né, il alla allumer les volcans de la rive sud...
A bord de notre “canot automobile”, loué au prix fort, nous déroulons un chapelet de vagues vers le soleil levant. Une mer au milieu des volcans... Plongée dans la Caldeïra ; mot mythique, issu de bandes dessinées anciennes... L’eau est remarquablement claire. De silencieuses avalanches de cendre dévalent la pente en direction de la nuit. Dans un volcan éteint, il faut apporter sa lumière : nos phares allument sur les sapins morts des guirlandes d’éponge soufrées. Après des profondeurs qu’il n’est pas bon d’avouer, il était temps de décompresser, au sein d’épaves ligneuses où des milliers de Kouras n’en finissaient plus de se serrer la pince.  Dès la surface venue, nous affrontons le regard  de Ngatoro-Irangi :des sculptures monumentales gravées à même le tuf volcanique, nous  contemplent. Elles racontent un lointain passé indigène, quand les dieux étaient dans les pierres et le bonheur dans les âmes...

LA REINE VICTORIA SE DECOMPOSE

Cette région volcanique de Rotorua, couverte d’abcès de basalte, comporte curieusement des enclaves calcaires, assez étendues pour permettre l’épanchement au jour de sources puissantes. Rainbow Springs abrite ainsi dans ses sables bouillonnants des centaines de truites, d’une taille inconnue sous nos latitudes. Il est d’usage de les nourrir à la main.
Hamurana Springs est plus secrète, nichée dans son écrin de fougères arborescente. Une visite qui se mérite par 1h heure de marche dans une forêt de pins géants de Norfolk. La vasque, minuscule, vomit pourtant une eau transparente à raison de 1,25 m3 chaque seconde. Autant dire que la descente est laborieuse : on se visse dans le conduit, cramponné à chaque aspérité, parodiant quelque escalade à l’envers. La base du puits s’élargit en cloche, permettant une nage plus orthodoxe. A - 12m un éboulis empêche de continuer plus avant, mais nous découvrons notre premier trésor. Un oeuf blanc émerge du sable... Une balle de golf ! Alentour,  l’ancien site sacré maori a été percé de 18 trous et fortuitement, la source en a constitué le 19éme. L’auteur de ce “drive” singulier cherche sans doute encore sa baballe...
Plongeant les doigts dans le sédiment, c’est un sable de bronze et d’argent qui me coule entre les doigts ; des pièces de monnaies ; par centaines, par milliers : le Taniwha local est un serpent monétaire ! Pièces anciennes, pièces récentes ; la Reine Victoria, à différents degrés de décomposition, nous regarde.
Les Maoris avaient coutume de jeter des objets votifs dans la source,  remerciant ainsi la terre de ce qu’elle leur avait donné. L’usage païen s’est perpétué chez les colons, puis les touristes, avec la valeur sacrée de notre temps : l’argent. Maigres oboles tirées de goussets anonymes, pour un avenir meilleur...
Aujourd’hui, pour jouer, des enfants bruns en quête d’argent de poche, plongent tous nus dans la source d’Hamurana. Rêvant à leurs terres perdues, ils remontent essoufflés, avec entre les dents un morceau d’Angleterre...

Pour aller en Nouvelle-Zélande :

- Ultramarina, 4 place Dumoustiers 44000 Nantes
Tel : 40 89 34 44 -  Fax : 40 89 74 89
- Tourism Office of New Zealand, Kaiserhofstrasse 7, 6000 Frankfurt / Main
Tel : 19 49 69 97 12 110 - 19 49 69 28 81 89 - Fax : 19 49 69 97 12 11 13

Remerciements :

-  Air New Zealand
- Office du tourisme de Nouvelle Zélande

Bibliographie :

-  Les Immémoriaux  -  Victor Segalen  -  Plon
-  Potiki  -  Patricia Grace  -  Arléa
- Wild New Zealand  -  Reader’s Digest
- Mobil New Zeland travel guide  -  Diana & Jeremy Pope  -  Reed
- Brochure “Pacifique” - Ultramarina

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