06-01-2009
 
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Mon premier voyage au centre de la terre Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

par Alexandre, 9 ans, jeune spéléologue

Alexandre, 9 ans, est un des rares enfants de son âge à pratiquer la spéléologie, ou l'exploration des grottes et des cavernes. Sa première incursion dans le monde souterrain a eu lieu dans la "Beaume du Mont", une grotte située dans l'Est de la France. Signe très particulier : au fin fond du réseau, un peintre est venu apposer sa marque : Gustave Courbet, 1858.

"C'était génial ! D'abord, il a fallu prendre plein de petites routes dans la campagne. Ca cahotait dur dans le camion spéléo du moniteur. Jean, c'est son nom. Les cordes, suspendues en grosses boucles au plafond gigotaient dans tous les sens et les mousquetons faisaient un bruit d'enfer en cognant les bords. On a même failli s'enliser près d'un champ plein de boue. On s'est arrêté près d'un bois. C'était l'automne, tous les arbres étaient jaune et rouge, sauf les pins, encore verts. Le soleil riait jaune et de temps en temps, un nuage était si bas qu'il nous noyait complètement dans ses gouttes d'eau : on ne pouvait même plus se voir à deux mètres ! Mais le vent le chassait vite.

Jean a tout préparé et il me montre comment m'habiller en vrai spéléologue. Un seul problème, je suis assez petit (oui, et alors ? Je grandirai plus tard !). Il prend une paire de ciseaux et commence à couper les manches et les jambes de la cotte rouge que je dois revêtir. Après plusieurs essais, sous l'oeil critique de Charlie - c'est mon nounours, ma combinaison est au petit poil. Elle est complètement neuve et elle brille sur tous les plis. Puis j'enfile mes bottes en caoutchouc, le baudrier qu'on resserre au maximum (j'en ai assez que Jean me dise qui je suis petit ! Il verra dans les étroitures si ce n'est pas utile !), les longes de sécurité et quelques autres instruments qui me serviront pour plus tard. Enfin, les gants et le casque, rouge lui aussi, avec la lumière électrique et l'acétylène. Celui-là, il en jette. Si les copains pouvaient me voir !

Quand on est touts prêts - il y a cinq autres "jeunes" plus âgés que moi, Jean nous conduit vers la grotte. Il y a encore un bon bout de chemin à faire à pied. Il faut traverser les bois, passer une clôture et franchir un champ miné de champignons et de taupinières, et s'enfoncer dans un bois.

Et d'un seul coup, un grand trou ! Ouh ! Ca fait drôle. "C'est là qu'on doit aller ?". Jean dit que oui. Bon. C'est tout noir en bas, on dirait la maison du diable. Jean se moque de moi : "Le diable, c'est toi ! Allez, descends en premier !".

Il y a une échelle qui mène à un énorme tas de rochers. Les barreaux sont tellement espacés que j'ai toujours un pied au niveau du menton, et j'ai un peu peur de tomber. Mais on est retenu par une grande corde, heureusement. Et en bas, c'est plein de mousse.

Il faut ensuite descendre le "cône d'éboulis", là où commence le vrai trou noir, la galerie. On glisse, on dérape, des rochers bougent, il faut se servir des mains et des pieds pour descendre comme un homme, et non sur les fesses ! Une fois en bas, on voit encore le jour derrière nous, et le noir complet devant. Jean nous fait allumer les lampes acétylène. Elles éclairent incroyablement et la lumière orange est rassurante : la grotte paraît moins froide et moins humide. Il nous recommande de n'utiliser la lampe électrique qu'au cas où l'autre ne fonctionnerait plus. Ainsi, on est sûr d'avoir toujours de la lumière.

On a l'impression d'entrer dans un tunnel de métro. La voûte est complètement ronde, assez lisse et par terre, un tapis de petits cailloux. Qui roulent quand même bien sous les pieds ! Et je tombe deux fois ! Mes gants sont déjà tout maculés de glaise et la combinaison a perdu son éclat. Mais je m'en fiche complètement, ici on peut se salir tant qu'on veut : les vêtements sont faits pour !

Au bout de cinquante mètres, il faut escalader quelques gros rochers en passant à côté de drôles de choses ; ça ressemble à une pile d'assiettes contenant chacune un oeuf au plat ! Et Jean dit que ça s'appelle des "oeufs au plat". Ca alors ! Il paraît que c'est l'eau qui, en tombant d'une certaine façon depuis des milliers d'années, a construit ces concrétions. Quelle patience !

Après un passage où on entend la combinaison de Jean frotter contre les parois - moi, je ne suis pas à l'étroit - on arrive dans une immense salle. Elle est toute noire malgré nos lumières et nous ne pouvons même pas dicerner le plafond, qui est trop haut. On y marche à la queue leu leu, sans se serrer : comme cela, le premier éclaire loin devant : c'est super. On est tout petit dans un énorme aéronef noir. On se croirait dans un film de science-fiction ! On longe une paroi, toute faite de stalagmites et de stalactites. Je promène un mousqueton dessus, et chaque concrétion fait une musique différente. C'est un "orgue" souterrain. C'est encore l'eau qui a fait ça. Finalement, c'est l'eau qui fait tout sous terre !

Au bout de la salle, il faut encore grimper un éboulis et s'enfoncer dans une petite galerie qui se rétrécit, qui se rétrécit et.... aboutit sur une étroiture. Jean me fait passer en premier. Moi, l'étroiture, je ne l'ai pas sentie ! Mais lui, c'est autre chose : à plat ventre, il rampe, se tire avec les bras, penche la tête sur le côté car le casque le gêne, souffle... Je le regarde sans rien dire, parce qu'il se coince, je ne pourrai plus aller de l'autre côté, vers la sortie. Mais c'est un moniteur, il sait, et il franchit ce minuscule passage qu'il connaît par coeur. Les autres suivent. On n'est quand même pas très rassurés. Nous marchons encore, le dos courbé, pendant vingt mètres et là, c'est géant : des petits bassins plein d'eau coupent la galerie. Il y en a au moins dix, chacun d'environ un mètre de diamètre. Ils sont tous bordés de cristaux blancs qui brillent et l'eau est tellement claire qu'on voit le fond à travers une loupe ! Ca s'appelle des gours. Ma maîtresse ne me croira jamais quand je lui raconterai ! Jean nous fait passer par un petit chemin de côté pour ne pas les salir avec nos bottes pleines d'argile. Il faut encore se mettre à quatre pattes pour faire vingt cinq mètres - enfin je parle surtout pour Jean, car moi je reste debout.....

Et on débouche dans une petite salle où nous tenons tous debout. Elle fait environ six mètres de long pour trois de large. Et les murs sont noirs de signes illisibles et de dessins. Jean nous explique que des "visiteurs du dimanche" n'ayant aucun respect pour la nature, viennent écrire leurs noms ici, avec la fumée noire produite par l'acétylène. Il y en a partout, avec plein de mots vulgaires. C'est vrai, ça gâche le plaisir d'être venu jusque là. Mais Jean nous console : lui, il connaît quelque chose qu'on sera seuls à voir. Puis il nous fait avancer vers une petite "lucarne" parmi les stalactites. Nous nous y glissons, comme une lettre dans une boîte, les uns après les autres. C'est très humide mais pas sale. Encore un boyau qui va dans n'importe quel sens, puis une escalade sur une paroi pour trouver une deuxième petite étroiture. Invisible d'en bas. C'est super génial, c'est mieux que Mission Impossible. Après un petit bout de chemin pas très large, nous nous retrouvons dans une deuxième salle, de la même taille que la précédante. Et Jean nous dit : "Cherchez !". On demande quoi. Il nous répond : "trouvez vous-même". On regarde partout, on gratte par terre, on bouscule un peu les rochers, puis, en levant la tête, je crie : "J'ai trouvé". Et je lis ce qui est écrit sur le plafond, à plus de deux mètres de hauteur : "Cour-bet".

Jean nous explique que le célèbre peintre est venu là en 1858, par curiosité : il habitait dans la région. Et il a voulu y laisser son empreinte. Pas un graffiti, comme les vandales qui font n'importe quoi. Mais une belle signature, celle d'un nom connu. Afin que personne ne puisse la détruire ou griffonner dessus, il a apporté une échelle ! Ainsi, l'oeuvre reste visible tout en étant inaccessible.

Quand on est ressorti de la grotte, il faisait froid et nuit. Mais on n'avait vraiment plus peur de rien. On a fait un feu de bois, on s'est raconté tout ce qu'on a vu, et Jean nous a dit : "Demain, on descend un puits avec les instruments".

Depuis ce jour-là, j'ai tapissé ma chambre avec des photos de grottes, de chauve-souris, de concrétions, de petits spéléos dans des grands puits, de gours, d'"excentriques", d'"orgues", d'"oreilles d'éléphants", de rivières souterraines, etc.

La vraie caverne d'Ali Baba, moi je l'ai trouvée" !

Conseils de sécurité

* Il vaut mieux visiter une grotte avec un groupe de quatre à dix personnes, incluant un adulte expérimenté. Ne jamais partir dans une cavité seul !

* Indiquer à un adulte responsable votre destination à l'heure à laquelle vous comptez ressortir. 

* Si nécessaire, demander au propriétaire la permission de pénétrer sur son domaine et le remercier en sortant.

* Avant d'entrer dans la cavité, vérifier que tout le monde a l'équipement minimum décrit dans "Ce qu'il faut emporter".

* N'allez jamais au-delà de vos limites et gardez à l'esprit que pour sortir de la grotte, il faut refaire tout le trajet en sens inverse.

* Ne vous éloignez pas du groupe pour explorer une galerie affluente. On perd très vite le sens de l'orientation dans une grotte qu'on ne connaît pas.

* En cas d'accident, le groupe doit se diviser, une partie restant près de l'accidenté, l'autre remontant chercher les secours.

* Si vous vous perdez, restez où vous êtes : ce sont les autres qui vous trouveront.

* Retrouvez toujours où vous posez vos pieds : les dalles branlantes, glissantes et autres trous pleins d'eau vous guettent à chaque pas.

Les écoles des cavernes

La découverte du monde souterrain est un programme proposé aux enfants depuis une dizaine d'années par différentes associations, sous l'égide de la Fédération Française de Spéléologie. C'est pour le moment une activité typiquement française, mais on étudie avec soin la mise en place d'une structure internationale.

Les écoles sont étroitement associées à la spéléologie dans le cadre des "classes noires", ces activités de découverte de la nature proposées aux enfants. Durant une quinzaine de jours, les écoliers étudient le matin et se transforment en spéléologues l'après-midi.

Ces stages peuvent se dérouler sur toute l'année, bien que, pour certaines cavités, les meilleures saisons de visite ou d'exploration soient l'été et l'automne. On y reçoit des enfants de huit à seize ans. Au-delà de cet âge, les initiations à la spéléologie sont dispensées par les clubs locaux.

Le premier contact avec le monde souterrain s'effectue par une randonnée, sans difficulté majeure, dans une cavité fossile. Les enfants font ainsi la connaissance des chauve-souris, et découvrent les minéraux hypogées, stalagmites, stalactites, cristaux, etc. Ils utilisent un minimum de matériel d'exploration (casque à lumière, gourde, base de survie avec couvertures et vivres), et apprennent l'histoire de ce monde inconnu. Lors des incursions souterraines suivantes, ils se familiarisent avec les agrès (descendeurs, longes de sécurité, mousquetons, freins bloqueurs, etc) afin de pouvoir faire face à de plus grands obstacles comme les puits, les vires, les escalades, les franchissements en "opposition", etc.

Le stage s'achève par une traversée complète (entrée par un trou, sortie par un orifice situé plus bas) pour ceux qui ont pris goût à l'exploration des grottes.

A aucun moment des stages, les enfants ne sont exposés à un danger quelconque sans assurance. Il sont encadrés par des moniteurs compétents qui savent graduer les difficultés. Curieusement, la peur du vide et du noir est moins grande chez les enfants que chez leurs parents.

D'une façon générale, les enfants des "classes noires" retirent une très vive impression de leur stage. Ils auront appris à mieux se connaître lors des excursions souterraines, en faisant face aux obstacles naturels de la grotte. Dans le milieu "hostile" des cavernes (obscurité, froid, humidité), la solidarité est nécessaire et spontanée. Enfin, la nature imposante et pérenne du milieu souterrain donne un sentiment de vulnérabilité et de respect aux spéléologues en culottes courtes. La grandeur et la beauté du milieu dans lequel ils évoluent ne dépend que d'eux, et ils éprouvent une très grande responsabilité vis-à-vis des choses de la nature.


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